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propos d'un psychiatre

L’adoption homoparentale  homoparentalité homoparentalité homoparentalité

    André Green disait en substance il y a une trentaine d’années : Le problème majeur sur Terre est que nous avons tous un père et une mère et que nous sommes tous de sexe opposé à l’un des deux.

    L’adoption par des individus isolés ou par des couples est aussi vieille que le monde. Pour autant que je le sache, les seules références à l’adoption homosexuelle sont des références à l’homosexualité masculine et, si mes souvenirs sont bons, on n’en trouve trace que dans l’Antiquité (d’une certaine façon, Platon par Socrate, et d’une autre façon, Brutus par César, et l’on sait que cela a mal fini). Pour des raisons probablement historiques, on ne trouve d’adoption féminine que dans le mythe des Amazones (Penthésilée et compagnie).

    La reconnaissance des couples homosexuels est relativement tardive et s’est exprimée sur un ton longtemps sulfureux. À ma connaissance, on ne trouve nulle part dans la littérature, ni dans la littérature psycho-pathologique, de description d’un enfant adopté dans un couple homoparental.

    Instruire un sujet de cette nature, c’est s’efforcer d’en avoir, bien entendu, une vision extra-émotionnelle, extra-idéologique, extra-religieuse et surtout, si possible, a-passionnelle. Une instruction scientifique du sujet impliquerait une étude longitudinale, ce qui veut dire qu’il ne saurait être question de légiférer dans l’urgence ni dans la passion.

    Maintenant, que peut-on savoir sur un plan pronostique ? Il est patent qu’une telle étude - qui devrait s’étendre sur des années - devrait également distinguer les variables que sont :

•    l’origine de l’enfant adopté (pathologie familiale, ethnie, etc.)
•    le sexe des parents adopteurs ;

…et recueillir l’accord des parents adopteurs et, par la suite, de l’enfant adopté, ainsi que des éléments comparatifs randomisés par rapport aux enfants qu’ont adoptés des couples homosexuels.

D’autres difficultés se présentent, me semble-t-il, à savoir :

    le choix du nom de famille de l’enfant ;

•    l’appellation qu’il sera amené à donner à ses deux « parents » ;
•    la résistance des mentalités, y compris en milieu scolaire (« Profession du père ? », « profession de la mère ?» …)
    Soulignons deux autres points.

    Il existe une labilité importante des couples homosexuels - davantage, au demeurant, chez les hommes que chez les femmes -. Un enfant adopté serait-il un ciment chez un tel couple, un objet de conflit, un objet transitoire ou… ?

    Les repères identificatoires de tels enfants sont, à l’heure actuelle, imprédictibles (sans cesser pour autant d’être problématiques, je reviens plus loin sur ce point.)

    Nous connaissons bien des enfants d’homosexuels, hommes ou femmes. J’ai personnellement eu l’occasion de connaître d’un enfant issu d’un couple hétérosexuel, dont le père a quitté la mère pour un homme quand son fils avait une huitaine d’années. Ne connaissant pas cet enfant directement, je ne puis que rapporter que tout semble bien se passer, mais il est à souligner que cet enfant ne va voir son père qu’une fois par quinzaine, comme la plupart des enfants de couples divorcés.

    Que se passera-t-il en cas de séparation d’un couple homo parental ? Avec qui ira l’enfant ? Quels seront ses droits moraux et sociaux ?

    Il est à noter que dans le consensus social, les couples lesbiens sont « mieux vus » que les couples « gays », et il est plus facilement admissible dans notre culture d’avoir « deux mamans » que « deux papas », tant il est vrai qu’il est plus fréquent de constater dans une famille l’absence d’un homme que celle d’une femme.

    Une autre question se pose compte tenu du contexte militant de la controverse en cours : celle de l’identité sexuelle d’un éventuel enfant adopté par un couple homosexuel. Des hommes / des femmes préféreront-ils / elles adopter un garçon / une fille ? Dans leur fanstasmatique de couple, voudront-ils / elles prolonger leurs choix sexuels en les présentant comme des modèles souhaitables ou souhaités ou s’efforceront-ils / elles de ne pas peser consciemment sur le choix de l’enfant ?

    Comment concevoir, dans tous les cas, les variables des éventuels troubles de l’identité chez l’enfant ?

    Il serait intéressant de se poser la question du choc psychologique que représente, chez les deux « parents », l’arrivée d’un enfant qu’aucun des deux n’aura évidemment jamais porté ni jamais conçu (sauf à imaginer une mère porteuse ou un père géniteur).

    Au total, il m’apparaît que toute expérimentation humaine est impossible en la matière, autant que tout pronostic, mais que légiférer dans l’urgence avec des présupposés idéologiques, pour ou contre l’adoption homosexuelle, serait extrêmement dommageable.

A.T. psychiatre

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